8. Eau

 

L’eau, élément essentiel à la vie, est l’élément le plus sensible vis-à-vis des risques de dysfonctionnement du projet Cigéo. Ce point n’a pas été étudié ni en profondeur, ni en surface...


Comme rien n’est décidé, il est nécessaire de s’y intéresser de très près.


 


 

 

La gestion et la surveillance de l’eau à Bure est une gigantesque inconnue.

 

Dès le départ, les concepteurs de Cigéo partent du principe que la radioactivité resterait confinée dans les argiles du callovo-oxfordiens, formation géologique élue pour le stockage. Ces argiles étant très peu perméables, les radionucléides, qui sont les éléments radioactifs libérés par les déchets, migreraient très lentement. Sur des échelles de temps très longues, la migration de ces radioéléments conduits par l’eau à travers la roche argileuse serait plus lente que la décroissance de leur radioactivité. En d’autres termes, les concepteurs imaginent que lorsque ces éléments referaient surface, ils ne seraient plus dangereux pour l’homme.

 

Cette théorie, modélisée par des ordinateurs sur des centaines de milliers d’années (voir chapitre sur la mémoire), est très discutable car les échelles de temps sont importantes au regard des incertitudes sur l’immuabilité du contexte géologique. A noter que pour l’instant, ces modélisations se basent exclusivement sur des phénomènes convectifs (circulation de l’eau) et ne prennent pas en considération de phénomène diffusif (migration chimique des éléments).

 

De plus, l’exploitation de Cigéo modifierait la formation argileuse, ce qui aurait un impact sur les circulations de l’eau :

 

- La forte température émise par ces colis de déchets radioactifs modifierait les propriétés mécaniques de la roche.

- Les endommagements dus au creusement des galeries induiraient des zones fragilisées (EDZ) favorables à la circulation de l’eau et à la dégradation de la roche argileuse.

- L’activité bactériologique souterraine pourrait activer les réactions d’oxydo-réduction et jouer un rôle de catalyseur dans la dégradation de la roche argileuse et les circulations d’eau.

- L’environnement chimique modifié par la radioactivité ne permet pas de reproduire en toute quiétude les lois physico-chimiques habituellement utilisées dans un contexte naturel. La radiolyse, par exemple, joue un rôle prépondérant dans les interactions entre l’eau, l’argile, et les colis de déchets.

 

De plus, cette théorie ne prend pas en considération les dysfonctionnements (erreurs de conception, défauts de mise en oeuvre, erreurs humaines, phénomènes naturels...) et les très nombreux scénarios pouvant en résulter. Ces scénarios sont complexes puisqu’avant que le colis ne soit stocké, il faut qu’il soit transporté, manipulé, conditionné puis descendu dans les galeries profondes. Il y a donc, bien évidemment, des éléments de contact entre la surface et le souterrain. Une descenderie de plusieurs kilomètres ainsi que plusieurs puits seraient creusés depuis la surface et traverseraient l’ensemble des formations géologiques avant de rejoindre le centre de stockage à 500 mètres sous terre. Dans le cas d’un dysfonctionnement, ces éléments pourraient constituer des vecteurs convectifs pour l’eau.

 

Parmi les formations géologiques sensibles, trois principalement attirent notre attention :

 

  • Les calcaires du Barrois présentent une ressource locale pour l’eau potable et l’agriculture. D’autres modes d’alimentation de la population locale (abandon des sources et connexions à d’autres forages) sont déjà en tractation.

 

  • L’Oxfordien et le Dogger sont des ressources très importantes et les scénarios de contamination de ces aquifères concernent indéniablement des territoires très étendus.


Ci-dessous une coupe géologique qui permet de resituer ces formations du Jurassique dans leur contexte.



Le Jurassique à Bure


Coupe : A.Godinot


Les calcaires du Barrois et de l’Oxfordien de la zone concernée sont des aquifères complexes à tendance karstique.

Qu’est-ce qu’un karst ?

En hydrogéologie, on différencie deux principaux milieux :

-           Les milieux poreux

-           Les milieux complexes (fissurés, fracturés et/ou karstiques)


Schéma, MIRABEL LNE

Dans un aquifère poreux (sable par exemple), la perméabilité est la même en chaque point de la formation géologique et dans toutes les directions. L’eau se déplace entre les grains (grains de sable par exemple) dans des vides (pores). Le comportement de l’eau dans un milieu poreux est simple et prévisible. Pour différentes raisons (filtration, absorption, adsorption, biosorption), dans un tel aquifère, les pollutions en tout genre se propagent moins rapidement que dans un aquifère complexe.

Les calcaires du Barrois et de l’Oxfordien de la zone concernée sont des aquifères complexes à tendance karstique. Dans de tels aquifères, l’eau se déplace quasi exclusivement à l’intérieur des fissures, fractures et cavités qui forment parfois de véritables rivières souterraines. Le comportement de l’eau dans ces milieux est souvent aléatoire, dépend de nombreux paramètres (pluviométrie, fracturation, interconnexions des fissures, dissolution et type de calcaire…) et difficile à appréhender et à prévoir. Dans un aquifère complexe, tel que ceux constitués par les calcaires du Barrois et de l’Oxfordien, l'eau peut se déplacer très rapidement (>300 m/h pour l'Oxfordien au travers de la faille de Gondrecourt) avec tous les risques de propagation des pollutions en tout genre.


Les calcaires de l’oxfordien sont drainés d’une part par les alluvions de la Meuse vers la Belgique au Nord et d’autre part par le réseau hydrogéologique et hydrographique de l’Est du bassin parisien (bassin de la Seine). De grandes entités hydrologiques comme le lac du Der et la Marne sont aussi concernées.

Pour l’heure, l’étude des scénarios de contamination des aquifères est très insuffisante, voire inexistante. Aucune information de la population sur ce point n’est mise en œuvre. Concernant l’eau, l’autorisation ne pourrait être donnée sans une concertation nationale et internationale.


IRSN

 


L’intrusion d’eau, l’ennemi de CIGEO :
 
Il y aurait à CIGEO des risques majeurs d’explosion au sein des galeries.
Ces risques existent à cause de l’hydrogène (H2) produit par action conjointe de la radioactivité et de l’eau sur les matériaux constituant les colis de déchets.
Cette radiolyse se produirait spontanément au sein du stockage de déchets MAVL (ancienne classification ‘B’) puisque dans ces déchets contiennent de l’eau résiduelle.
Pour évacuer cet hydrogène explosif,  il serait nécessaire de ventiler en permanence le centre de stockage. Dans un fonctionnement normal, l’arrêt de la ventilation pendant plus de 10 jours entraînerait inévitablement des explosions.
 
Le risque d’incendie est également très présent puisqu’il y serait prévu de stocker des déchets bitumeux (ancienne classification ‘B2’). Ces déchets pourraient être stockés ‘dans un second temps’ selon les autorités.
 
Toute intrusion d’eau à CIGEO entraînerait des risques d’augmentation de la radiolyse et donc d’explosion. La présence d’eau entraînerait aussi une augmentation de la température, et des risques de réactions en chaîne (criticité qui concerne particulièrement les déchets HA).
Pendant les 100 ans d’exploitation au minimum, il faudrait qu’il n’y ait pas d’eau à CIGEO. Pourtant, des puits et des descenderies traverseraient des nappes calcaires sur des centaines de mètres (milieux fissurés et karstiques du Barrois et de l’Oxfordien). Des pompages permanents très conséquents seraient aussi certainement nécessaires pour assurer l’étanchéité de ces ouvrages jour – fond.

Schéma MIRABEL LNE

En profondeur, l’eau pourrait circuler dans les zones où l’argile serait fragilisé par le creusement des galeries. L’action des microorganismes pourrait aussi jouer un rôle dans la dégradation de l’argile et la production supplémentaire d’hydrogène.
 
De plus, des déchets seraient stockés en même temps que des galeries seraient creusées, ce qui augmente les risques d’intrusion et de circulation d’eau.
Pour CIGEO, il faudrait excaver au moins 7 millions de m3, l'équivalent de  2.240 piscines olympiques. (lire l'article d'hervé Kempf : Gaïa dans la piscine)

 

Besoins en eau au cours des travaux et de l'exploitation ?

 

7 millions de m3 de terre excavée…....sans aucun pompage selon l'ANDRA ?
Dans le dossier du débat public, l’ANDRA ne parle pas de pompage, ni d’exhaure. Pour CIGEO, l’ANDRA évoque seulement des « besoins en eau » variant entre 100 et 500 m3/jour !!!

Alors qu’un simple parking souterrain peut provoquer un débit d’exhaure de l’ordre de 4 000 m3/j !!!

Et que, par exemple, le creusement de la descenderie de la Praz du tunnel Lyon Turin nécessite de pomper plus de 30 000 m3/j !!!

C'est évident que lors des travaux et de l’exploitation - pendant 125 ans, CIGEO pompera la ressource en eau et modifiera profondément l’hydrologie locale et l’approvisionnement pour tous les usages !

Ne soyez pas dupes ! Il n’y a pas d'ouvrage souterrain sans pompage !

 


ARCHITECTURE SOUTERRAINE - METHODES DE CREUSEMENT - ZONE ENDOMMAGEE (EDZ) - CIRCULATIONS PREFERENTIELLES - STABILITE MECANIQUE DE L ARGILE - SCELLEMENTS

- Voir le communiqué de presse FNE/MIRABEL LNE du 03/02/2016 : CIGEO / BURE : Un accident tragique qui remet en cause le projet d'enfouissement des déchets nucléaires


- Article - Projet Cigéo d'enfouissement des déchets radioactifs HA - MAVL à Bure - L'accident tragique du 26 janvier au laboratoire de Bure révèle la problématique de la zone endommagée par les creusements (EDZ)...lire l'article complet

A l'heure où certains parlementaires proposent de débattre au plus vite de la 'réversibilité' du stockage géologique, des éléments techniques de bases ne sont pas éprouvés. L'accident tragique du 26 janvier 2016 montre que la faisabilité de cet ouvrage souterrain n'est pas acquise. Plus généralement, cet accident révèle l'instabilité mécanique de la formation argileuse. Le modèle théorique de confinement de la radioactivité à long terme dans le massif argileux est mis à mal par les circulations de fluides consécutives aux perturbations engendrées par l'intervention humaine dans ce massif, interventions concrétisées essentiellement par les opérations de creusement. Les « scellements » sensés empêcher la migration rapide de la pollution radioactive en dehors du confinement demeurent théoriques. Comment à terme, redonner aux voies de passage privilégiées que constituent galeries et éléments jour – fond (descenderies et puits) leur faible perméabilité d'origine ? Les tentatives de modifications législatives récentes au sujet du projet Cigéo semblent insister pour que cette question essentielle puisse échapper peu à peu aux voies réglementaire et législative. Pourtant, sans validation pratique préalable de la possibilité de fermeture, le projet Cigéo serait semblable à un avion qu'on lancerait du haut d'une falaise sans savoir s'il dispose d'un train d'atterrissage. lire l'article complet

 

 

 



» Pour aller plus loin sur la question de l'eau «


• Concernant le Karst du Barrois :

• Concernant l’Oxfordien :
 
• Concernant l’EDZ :

• Concernant l’activité microbiologique :

• Concernant la radiolyse de l’eau: