2. Inventaire des déchets

 

Des déchets nucléaires il y en a, à la pelle. On en parle pas beaucoup, pas assez à notre goût. On voudrait nous faire croire que le nucléaire est durable, que les déchets sont recyclés, que tout est sécurisé.

Il n’en est rien. Informez vous et vous verrez.

C’est urgent de ne plus laisser faire!

 



Recyclage?


L’industrie nucléaire civile a toujours parié sur les progrès de la science et de la technologie pour traiter plus tard les déchets qu’elle produit. Le projet Cigéo est une conséquence grave de ce pari dangereux. Sur le schéma ci-dessous, annoté et expliqué par nos soins, AREVA omet totalement cette partie honteuse de la filière. Pour AREVA, de l’exploitation à la distribution, le recyclage apparaît parfait et le cycle est un mouvement perpétuellement entretenu dans lequel le traitement du combustible usé n’induit aucun déchet.


Le procédé de traitement des combustibles usés, appelé ‘PUREX’, produit pourtant l’essentiel des déchets radioactifs les plus dangereux ; ceux qu’on souhaiterait regrouper dans l’est de la France et confiner à jamais à 500 mètres sous terre, dans l’argile. Mais, pour l’heure, la complexité technique de ce projet ahurissant semble dépasser ses propres instigateurs, et le projet Cigéo pose beaucoup plus de questions qu’il ne donne de réponses. C’est certainement la raison pour laquelle AREVA ne l’évoque pas dans ce schéma.  



Schéma : AREVA


===» EXPLICATIONS DU SCHEMA 


1 - Mines : L’extraction de l’uranium est faite essentiellement dans des mines au Kazakhstan, au Niger, en Australie et au Gabon. Les exploitations d’uranium sont régulièrement la cause d’instabilités politiques provoquées par la révolte des minorités qui vivent sur les terres exploitées (Touaregs au Niger, aborigènes en Australie). Le minerai subit ensuite différents traitements de purification en France (Malvesie à proximité de Narbonne). Plusieurs milliers de tonnes de déchets radioactifs de moyenne activité à vie longue sont issus de cette filière. Les mines du bassin du Limousin (Pierrelatte) exploitées autrefois sont désormais abandonnées. En France, la filière amont du combustible a pour l’heure généré environ 52 Millions de tonnes de déchets miniers radioactifs (CRIIRAD). Ces déchets ne sont pas pris en compte officiellement dans les inventaires et ont même parfois été réutilisés dans l’industrie du bâtiment.


2 - Enrichissement, Fabrication du combustible, Réacteurs : L’uranium épuré est ensuite enrichi à l’usine Georges Besse (Tricastin/Drôme), transformé ensuite en combustible à l’usine de Romans sur Isère (près de Valence) puis envoyé aux quatre coins du pays pour alimenter les 58 réacteurs nucléaires français.


3 - Transmission, Distribution : L’électricité nucléaire française a produit 421 TWh en 2011. Le nucléaire est un choix politique imposé à la population française. Ce choix est issu de la course à l’armement nucléaire et a été fait dans l’objectif de conserver l’indépendance de la France menacée par la décolonisation dans un contexte après guerre géopolitiquement très tendu.


4 - Services/Traitements du combustible usé/Recyclage : Le schéma ci dessus laisse penser que le cycle ne produit aucun déchet. C’est pourtant le traitement du combustible usé qui produit l’essentiel des déchets de haute activité et de moyenne activité à vie longue, (HA – MAVL), ceux qui seraient destinés à être enfouis si le projet CIGEO abouti. L’uranium retraité n’est en fait ré enrichi qu’en très faible quantité. Le terme recyclage est inapproprié puisque le combustible MOX obtenu (mélange plutonium/uranium) n’est lui même pas recyclable et produit des déchets plus toxiques que l’uranium non retraité. Pour l’heure, personne ne sait réellement quoi faire de l’uranium de retraitement et du MOX usé qu’on entrepose dans des piscines de refroidissement en attendant une solution miracle…

 

Procédé PUREX, le traitement des combustibles usés :


Pour des raisons de résistance des matériaux (dégradation des gaines contenant le combustible), il est nécessaire de changer régulièrement les assemblages de combustible. Ces combustibles n’ont donc jamais le temps d’être totalement brûlés par le réacteur. Après leur sortie du réacteur, 5 ans d’entreposage dans des piscines sont nécessaires pour faire refroidir les assemblages de combustibles usés avant traitement.


Le procédé de traitement des combustibles usés appelé PUREX consiste à récupérer le combustible qui n’a pas pu être "brûlé", à séparer les différents types de déchets et à réduire leurs volumes par compactage. Même si ces déchets sont peu volumineux, leur dangerosité extrême remet en question la possibilité de les enfouir en sécurité. D’ici 2015, c’est ce que la population doit faire comprendre aux décideurs.

 


A gauche, détail d’un assemblage de combustible, source Guipponi, 2009. A droite,  procédé PUREX – la Hague, source AREVA.



Que produit le procédé PUREX ?


Une faible quantité de ces matières est réellement réutilisée ensuite, essentiellement pour fabriquer de nouveaux combustibles nommés MOX et uranium de retraitement (URE). Le MOX et l’URE ne sont pas retraités une fois utilisés. Ainsi, le retraitement n’est pas un recyclage mais une réutilisation à usage unique d’une partie des excédents.

Des quantités conséquentes de "matières valorisables" sont entreposées dans des piscines de refroidissement situées pour l’essentiel à la Hague. Ces matières, qui sont les plus toxiques et dangereuses que notre imagination nous permette d’envisager, pourraient elles aussi un jour se retrouver à Bure si l’autorisation était donnée, ce qui est loin d’être le cas pour l’heure.


 

                 


                 Procédé PUREX – la Hague, source AREVA                                                                               MIRABEL LNE, Inspiré du schéma de C. Guipponi - 2009



 

 

Qu’est-ce qu’un déchet HA – MAVL ?

 

Les déchets Haute Activité et Moyenne Activité à Vie Longue (HA & MAVL) sont ceux qui seraient destinés à être enfouis dans le cadre de Cigéo.


Comme ils ont été compactés par le procédé « PUREX », ces déchets représentent un faible volume mais ils sont infiniment concentrés en radioactivité comme en témoigne les chiffres de ces tableaux. Ces déchets représentent 99% de la radioactivité issue des déchets des 58 réacteurs électronucléaires français.

 


L’unité Becquerel (Bq) rend compte du nombre de désintégrations par seconde. C’est un ordre de grandeur qui permet d’apprécier la dangerosité, à priori, d’un élément radioactif. Cette mesure ne rend pas compte de la durée de vie de l’élément. L’effet sur la santé (radiotoxicologie) se mesure plus précisément en Sievert.

La dangerosité dépend du type de rayonnement et du type d’exposition.



 

 

Le rayonnement α alpha est très toxique par contamination (ingestion, inhalation). Le rayonnement γ gamma est un rayonnement qui traverse la plupart des matériaux. Ce rayonnement est toxique par simple exposition.


Les déchets HA et MAVL sont les pires déchets que l’humanité n’ait jamais produit. Ils sont tellement dangereux que leur enfouissement est impossible. Cigéo est donc loin d’être réalisable.

 

 

Photos, source ANDRA, « la radioactivité.com ». 

Lire : Documentation associative sur les déchets MAVL et déchets HA

Ces matières radioactives n’ont rien de ‘naturel’. Le plutonium, par exemple, est un élément qui n’existe pas à l’état naturel, il est le résultat de l’activité humaine. Le tableau ci-dessous montre que l’activité des déchets destinés à Cigéo est sans commune mesure avec l’activité des éléments qui constituent notre environnement naturel.

 

»»» Elements de comparaison «««

 

Tableau : MIRABEL LNE


La radioactivité est présente naturellement dans notre environnement. Il ne faut pas, pour autant, banaliser la radioactivité de nos déchets nucléaires.

 

Le granite, par exemple, qu’on trouve en grande quantité en Bretagne, est certes radioactif, mais il l’est cent millions de fois moins que les déchets de haute activité produits par l’industrie nucléaire.


Une tonne de plutonium émet autant de radioactivité que tout le granite de la Bretagne !


La radioactivité naturelle n’est pas comparable à la radioactivité émise par les déchets qu’on voudrait enfouir dans l’est de la France pour des centaines de milliers d’années.


Ces déchets artificiels ne pourront jamais se mêler aux éléments naturels de la roche. La nature n’est pas capable de les assimiler sans préjudice irrémédiable pour l’environnement. Cigéo est un rêve ou un cauchemar !


Il est difficile de trouver des éléments de comparaison pour imaginer de tels niveaux de radioactivité. L’exemple de Tchernobyl peut donner une idée de la dangerosité de Cigéo, notamment en cas de dysfonctionnement de cette installation conçue pour durer des millénaires.


Un accident majeur à Bure aurait inévitablement des conséquences planétaires incommensurables.


Il faut agir tant que rien n'est décidé !



»»» Elements de comparaison «««

 

 

 

*source AIEA/NEA


 

La radioactivité qui serait enfouie à Cigéo représente plus de 9 fois la radioactivité totale dispersée par l'accident de TchernobylC'est plus de 1000 fois la radioactivité à vie longue que la catastrophe a engendrée.




Apparté :

Le "débat national sur la transition énergétique" lancé en 2012 par le gouvernement Hollande a pour enjeux de répondre au double défi climatique et énergétique (diviser par 4 ou 5 les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050), tout en ramenant d'ici 2025 la part du nucléaire à 50 % de la production française d’électricité, en développer les énergies renouvelables et en recherchant toutes les formes d'efficience énergétique et donc d'économies d'énergie. Et les déchets nucléaires dans tout ça ?




 


» Pour aller plus loin «


• Vidéo reportage « Déchets, le cauchemar du nucléaire »

• Dossier thématique réseau sortir du nucléaire, « Déchets nucléaires, le casse tête »

• La gazette nucléaire, les déchets radioactifs

• La gazette nucléaire, Inventaire national des matières et déchets radioactifs: éléments essentiels

• Inventaire 2012 des déchets radioactifs ANDRA

• Vidéo reportage, Niger : la bataille de l'uranium

• Documentation sur les déchets MAVL et déchets HA

• Vidéo reportage ARTE 2013 "centrales-nucleaires-demantelement-impossible"

• « Projet Cigeo : l'ASN recommande de réévaluer l'inventaire des déchets nucléaires destinés à l'enfouissement », actu environnement, Mai 2013, Philippe Collet


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